Ecole psychanalytique de Bretagne

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Editeur(s):

Olivier Archer
 

Le transfert, c’est ce qui sépare de l’Autre

Réflexion autour de la lecture du seminaire sur le transfert

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La tentacule grattant la tete image
D’après le topologicon de Jean-Pierre Petit. Le point d’interrogation d’origine a été ’a’-symétrisé en cœur.

Dans son séminaire sur le transfert, Lacan analyse chaque discours du banquet de Platon, où les convives évoquent la divinité de l’amour. Pour les Grecs, les dieux sont immanents au réel, et non transcendants à une fable. Expliquer le réel c’est décrire les dieux, et il faut voir les débats théologiques de l’époque comme la recherche scientifique de maintenant, avec ce plus de philosophie et ce moins de technique, qui permettaient de décrire l’amour et le transfert.

Le Banquet est d’abord articulé autour de l’Aphrodite céleste et l’Aphrodite vulgaire, puis du couple qui reste paire, ou de l’union qui supprime l’individu. Lacan souligne la nécessité d’une relation asymétrique, avec une position d’amant, et une position d’aimé. De cette « disparité subjective » se révèle une esthétique confondue par Pausanias comme étant une richesse. Il en imagine une sorte d’économie psychique, avec un système de cotation, de calcul de risques et de profits, dans lesquels les "fonds d’investissement psychiques" permettent sans doute de s’assurer de toucher le ’smac’ [1] après avoir investi en boite. L’hilarité de l’auditoire est révélée par le hoquet d’Aristophane, dont Lacan fera un pivot de sa lecture.

Le discours de Socrate s’articule au contraire autour de cette notion de manque, c’est à dire de cette différence subjective, cette "prétendue situation", dans ce que l’Autre a de supposé en plus, et le sujet en moins. Ce manque est vu comme une richesse esthétique, engendrée par le paradoxe de l’a-topie du manque qui provoque l’ex-sistence du discours sur le manque. De cette auto-référence se révèle une vérité esthétique, intriquée avec l’amour. C’est le « discours qui engendre la dimension de la vérité »

Sans jamais vraiment se mettre en cause les unes par rapport aux autres, les ambivalences des convives interagissent et résonnent entre elles, pour émettre une note, ou plutôt un accord. C’est l’accord des corps avec cette note juste mais vide de l’amour céleste, pour donner un accord dont la magie de la dualité accorde plus d’esthétique qu’à chacune des entités la composant. Ces ambivalences vont jusqu’à se révéler dans la non différenciation des rôles de l’amant et de l’aimé. C’est l’évanouissement de l’objet dans l’image et de l’image dans l’objet, ce reste unitaire de droite moins la gauche , cette énantiosémie, qui conserve toute l’essence de la dualité.

C’est ce qui révèle, au delà de l’a-symétrie -non pas deux côtés- mais une faille séparant deux a-topies intriquées, donc paradoxalement dans le même lieu [2]. Ceci évoquant l’existence essentielle et unilatère de la prégnance du transfert. L’amour est cette faille, ou ce bord, qui sépare et identifie les hommes par le langage. Comme l’écume qui sépare le ciel de l’océan, comme la vie qui sépare le ciel de la terre, et comme la caresse qui sépare les corps des amants. L’amour, c’est ce qui sépare de l’Autre.

[1] Supposé Minimum d’Amour Contractuel. Le smic de l’amour.

[2] Voir illustration

Article par Olivier Archer

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